Metz dans la tourmente révolutionnaire
Frappée comme le reste du royaume par une grave disette, Metz à la fin de l’Ancien régime voit la magistrature, la riche bourgeoisie et la petite noblesse se disputer âprement les mandats de députés aux Etats-Généraux. Les vocats patriotes Roederer, Emmery et Rondeville sont du nombre pour le Tiers. Chef-lieu de la Moselle, Metz se trouve en fait réduite au rang de commune et perd une partie de sa banlieue. L’Eglise perd son clergé régulier et ses biens dont la vente est autorisée le 17 mars 1790. La Constitution civile du clergé (12 juillet 1790) achève de semer la division : le cardinal de Montmorency-Laval qui a refusé le serment émigre à Trèves tandis que se
constitue péniblement une église constitutionnelle.
L’agitation révolutionnaire est d’abord le fait des milieux intellectuels. L’adhésion du peuple mosellan à la Révolution ne viendra qu’avec la guerre en 1792 : le département est le premier envahi et Metz sauvée in extremis par la victoire de Valmy. Les exécutions capitales, la profanation des lieux de culte, les persécutions contre les premiers révolutionnaires messins éloignent la population de la municipalité jacobine installée à la faveur de la guerre.
La lutte entre royalistes et jacobins se poursuit à Metz en dépit de la politique modérée des Thermidoriens. A la fin du Directoire, les autorités départementales et municipales préfèrent encore pourchasser réfractaires, émigrés et déserteurs plutôt que de redresser l’économie et d’assurer les subsistances.
Cette politique intransigeante aboutit à une grande lassitude de la population qui accueille
avec une certaine bienveillance le coup d’Etat du général Bonaparte le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799).
De la religion d’État aux cultes
La question religieuse, qui avait été l’une des pierres d’achoppement de la Révolution, constitue sans conteste une priorité pour Bonaparte. Dans son esprit l’Eglise se doit d’épauler l’Etat. Aussi ne pouvait-il se satisfaire de la séparation de l’Eglise et de l’Etat en vigueur depuis février 1795. Il ne concevait cette pacifi cation que par un accord avec le chef de l’Eglise catholique, car il fallait mettre un terme au schisme consécutif à la Constitution civile du clergé.
Avec le Concordat (16 juillet 1801), Bonaparte établit une nouvelle Eglise. Le catholicisme y est désigné comme « la religion de la grande majorité des citoyens français », et non comme une religion d’Etat. Les évêques, nommés par le Premier consul, reçoivent du pape l’investiture canonique et les curés, nommés par les évêques, sont choisis parmi les personnes agréées par le gouvernement. Les biens nationaux restent acquis à leurs propriétaires, en échange de quoi le clergé reçoit un traitement. L’oeuvre majeure de restauration du diocèse de Metz est à mettre au crédit de Mgr Jauffret (1759-1823) qui réorganise les paroisses, réinstalle le grand séminaire et favorise la renaissance des congrégations religieuses.
En 1802, le Concordat est complété par une loi sur les cultes dont les Articles organiques
admettent les cultes luthérien et calviniste. La même année, les réformés messins se voient
attribuer l’église de l’ancien couvent des Trinitaires qui devient leur temple.
Enfin les décrets du 17 mars 1808 organisent le culte israélite et instituent de fait le
judaïsme comme troisième religion offi cielle de la France. Sous la Révolution, les droits
civiques et politiques des juifs avait déjà été reconnus (27 septembre 1791) en
particulier grâce à l’action de l’abbé lorrain Henri Grégoire (1750-1831). L’ancienne
synagogue de Metz (démolie en 1847) est rendue au culte en 1796. Les nouveaux
décrets réorganisent le culte israélite sur un mode centralisateur, avec un consistoire
central et des consistoires départementaux, formés de laïcs et de rabbins choisis par
les juifs riches, avec l’agrément du gouvernement. Le consistoire de
Moselle, formé en avril 1809, est finalement installé en mai 1810.